Matérialismes
Matérialismes
- Gamble et al. (2019)
- Casemajor (2015)
- Chartier (2017)
- Jeanneret et Souchier (2005)
- Drucker (2013)
Une approche minoritaire
D’Épicure à aujourd’hui… le matérialisme a toujours existé. Mais il n’a pas souvent eu bonne presse.
Numérique et immatérialité
Pyramide symbolique: ce qui est immatériel est en haut.
Le discours commercial tend à valoriser l’immatérialité.
Le matérialisme numérique raconté par Casemajor (Casemajor 2015).
Les nouveaux matérialismes
La question du réel et le réalisme matérialiste.
Une idée plus ou moins large de “matière”.
- penser que la “matière” est “plus importante” que le discours
- penser que le discours est matériel
Plusieurs points de vues
- La matière “conditionne” le sens
- La matière est plus importante que le sens
- La matière et le sens sont une même chose
Réductionnismes…
Qu’est-ce que la matière?
La matière opposée à quelque chose d’autre: l’esprit, la forme, la pensée…
La matière comme référence à une réalité stable.
La difficulté de sortir des dualismes
L’âme et le corps… la matière et le discours.
Gamble et al.
Gamble et al. (2019) distingue:
- Anciens matérialismes: tout est matière (réalisme) et la matière est passive (dans la pensée moderne il y a un déterminisme lié à l’idée de force). Les humains sont dans la situation de pouvoir saisir le réel - contradiction?
- Nouveaux matérialismes:
- vitaliste (Deleuze, Jane Bennett): la matière est active et vibrante
- négatif (Meillassoux et OOO): dualisme radical (la matière est indépendamment de la pensée). Réalisme et rationnalisme
- performatif: réalisme agentiel et Karen Barad
Antianthropocentrisme et posthumanisme.
Material texts
L’énonciation éditoriale
L’importance de la matérialité dans l’émergence du sens
La critique de l’essentialisation du numérique.
La critique de l’idée de numérique comme immatériel.
La matérialité du dispositif technique transforme et conditionne le processus d’écriture (Jeanneret et Souchier 2005, 5)
Drucker
La critique de la rhétorique de l’immatérialité: le numérique comme le royaume de la liberté immatérielle.
Performative materiality draws on studies in cognition, perception, reader-response, textual hermeneutics, interface design, and curiously, it is supported by empirical and theoretical approaches. It shifts the emphasis from acknowledgement of and attention to material conditions and structures towards analysis of the production of a text, program, or other interpretative event.
Critique à un matérialisme passif – les caractéristiques du média impliquent et conditionnent le sens (déterminisme dualiste et naïf).
In finishing this discussion of fundamental frameworks, I want to make it clear that I am distinguishing literal materiality (which I take to be a naïve if well-intentioned focus on the properties of entities) from both the forensic, which is evidentiary, and formal, which is encoded and conventionalized. Literal materiality is based on a mechanistic model that suggests that the specific properties of material artifacts or media can be read as if meaning were a self-evident product of form, as if some universal key, paralleling those guides to dreams, existed for all physical objects and material elements, as if the cultural world were turned into a natural world and could be “read” with empirical, positivist methods, as if the detailed, minute, and careful description of physical properties reveals inherent or self-evident values (and as if a century or more of critical thinking had not occurred).
In a model of materiality as fundamentally performative, we can show how forensic, evidentiary materiality and formal organization serve as a provocation for the creation of a reading as a constitutive interpretative act. The specific structures and forms, substrates and organizational features, are probability conditions for production of an interpretation. Knowledge creates the objects of its discourses, it does not “discover” them. Constructivist epistemology shifts our attention from knowledge to knowing, from objects that are observer-independent to the recognition of observer-dependent process, or events. We recognize our readings as the production of effect, not a recovery of cause or an original thing. Objects exist in the world but their meaning and value are the result of a performative act of interpretation provoked by their specific qualities. To say that is merely to remind ourselves of what we already know: that we need to recover the lineage of critical theory that transformed the humanities from structuralism onward to understand digital objects and to design them. Without these intellectual strains, our thinking about digital matters proceeds as if the last century had not existed, and we were merely late 19th century naturalists on the trail of a new species of inscriptional and medial artifacts.
Chartier
Origine de l’attention pour la matérialité du texte: The Materiality of the Shakeasperean Text de Margreta De Grazia, 1993.
Le concept de « matérialité du texte » visait donc à surmonter l’opposition classique mais trompeuse entre, d’un côté, l’œuvre et, de l’autre, le livre ou l’objet imprimé. (Chartier 2017, p 2)
Même les recherches sur la matérialité (par exemple la New Bibliography) ont accentué ce dualisme (justement: on étudie la matérialité pour “neutraliser les corruptions infligées au texte par les pratiques de l’atelier typographique” et retrouver le texte idéal.
On a toujours des oppositions: entre oeuvre et livre ou alors, même dans les approches qui essaient d’être matérialistes, entre livre et livre, car le livre aurait un corps et une âme: dans la continuité d’une vision platonicienne du monde.
La « matérialité du texte » s’attache, quant à elle, à la « fonction expressive » des modalités d’inscription du texte dans le livre : le format, la mise en page, les choix graphiques et ortho- graphiques, la ponctuation. Ces décisions, quel qu’en soit le respon- sable, « font le texte » – au moins pour les lecteurs de l’édition où elles se rencontrent. C’est en cela que, selon D. F. McKenzie, « forms affect meaning ». p. 5
Mais même dans cette formulation, le dualisme reste invaincu… Forms affect meaning signifie bien qu’il y a un sens qui transcende la forme.
La question reste toujours une question de hiérarchies et de pyramides: qui est le producteur du sens? L’auteur? L’éditeur? Les deux?
On arrive peut-être à se dire que “aussi le correcteur est important”.
Mais on reste dans l’idée qu’il y a des choses qui préexistent à a matérialité.
L’attention donnée à la matérialité du texte met ainsi en évidence la fragilité de la distinction entre mise en texte et mise en livre ainsi que la porosité de la frontière qui les sépare. p. 8
Cette affirmation semble aller vers l’idée de matière performative de Barad. Les choses sont le résultat et non les causes des intra-actions.
Chez Chartier l’interpétation, par exemple, semble rester du côté de l’immatérialité. Mais, évidemment, elle est aussi matérielle.
La reconstitution des « horizons d’attente » des lecteurs doit ainsi rompre avec l’évidence d’un « sens objectif, une fois pour toutes arrêté, immédiatement accessible en tout temps à l’interprète ». p. 10
Le problème est d’éviter le constructivisme radical, mais aussi la violence d’un texte unique qui impose son sens unitaire. Mais on peut admettre que les horizons d’attente sont objectifs et matériels, mais ils se stabilisent et se déstabilisent dans les relations avec les textes – qui deviennent à leur tour textes seulement dans leur relations avec des horizons d’attente.
La notion de communauté d’interprétation sert justement à éviter le constructivisme radical.
si les lectures ne peuvent pas être déduites des textes ou des livres et le lecteur identifié avec celui attendu par les auteurs ou les éditeurs, elles sont néanmoins situées dans un ensemble de conditions de possibilité définies dans chaque moment historique par les stratégies d’écriture, la matérialité même des écrits et les horizons d’attente des communautés d’interprétation. Comprendre comment, en des temps et des lieux différents, pour des genres et des publics divers, se croisent ces contraintes imposées et les libertés qu’elles permettent ou proposent est sans doute la tâche qui nous réunit. p. 20
Les conjonctures médiatrices comme paradigme interprétatif

La notion de conjonctures médiatrices nous permet de trouver la voie médiane entre l’essentialisme et l’anti-essentialisme et donc de ne pas réduire les pratiques médiatiques à des unités définies et prédéterminées et de les considérer comme des dynamiques mouvantes, sans pour autant renoncer à la possibilité d’identifier des caractéristiques spécifiques de ces pratiques. En complétant l’affirmation de Galloway selon laquelle il n’y a pas des médias, mais seulement des médiations, on pourrait dire qu’en réalité il n’y a pas des médiations – singulières et identifiables – mais que des conjonctures médiatrices. (Larrue et Vitali-Rosati, Media do not exist).